Ghassan Fawaz

Cahiers : Politiques, Economies, Sociétés, Cultures, Islams, Liban

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La déliquescence de la culture française, crise mondialisée d’un concept.

lundi 17 mars 2008, par Ghassan Fawaz

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Il aura suffi d’un article superficiel du Time pour secouer l’arbre de la suffisance culturelle française. Le magazine américain tire un effet de relief de son admiration de l’arbre feuillu qui était là encore il y a quelques décennies. Faut-il qu’il soit devenu malingre pour lâcher quelques feuilles ratatinées en guise de répliques, limitées curieusement à la branche littéraire de la prose, quand l’article balayait globalement le monde de l’art, des lettres et des sciences humaines. Faut-il voir chez les autres branches artistiques quelque acquiescement résigné ?

Depuis mon installation en France il y a une trentaine d’années, je m’en suis ombré de tout près, pour le voir s’atrophier à mesure que gonflait une vanité d’autant plus futile qu’elle perdait ses assises… Au point que je ne pus m’interdire la pensée que j’avais peut-être « choisi » la mauvaise langue littéraire, me surprenant même à me plonger dans des projets de tâter à l’écriture en d’autres langues : ce n’était sûrement pas la déficience de celle que j’avais choisie qui me handicapait, mais le rétrécissement du champ littéraire qu’elle offrait désormais. Non pas que ces autres langues (dans mon cas l’anglais ou l’arabe) ne connussent pas les mutations littéraires que subit le champ de la langue française, mais il y persiste, à l’analyse, des éléments objectifs qui atténuent cette évolution. Si le monde entier endure sans doute la marchandisation à tout va de la culture, les conséquences néanmoins s’y développent inégalement.

"Culture" et "chef-d’œuvre".

Traiter le sujet de la culture française requiert cependant de circonscrire la question de la culture en général, sous peine de tomber dans la même confusion que l’article du Time. Le terme est ici à saisir dans son sens restreint, non ethnologique, de manifestation de la pensée en termes de conceptualisation ou de fiction, par la voie de la langue, de la forme, du symbole ou du son, dans une finalité de consommation strictement sensitive ou intellectuelle, autrement dit : les lettres, les arts et les théories des sciences sociales. Le piège d’une telle définition réside dans son parasitage par la sphère du divertissement, avec laquelle la culture est appelée à cohabiter, paraissant s’y confondre pour certaines activités, confusion clamée explicitement dans les conceptions américaines contemporaines. L’arme du bon sens maniée par la gent cultivée avait été suffisante pour classer un Balzac ou un Stendhal divertissants dans la sphère culturelle, mais semble de nos jours s’être émoussée au point qu’un futur président de la République, tout comme le journaliste du Time, y rangent un Marc Lévy. Entretemps la "démocratisation de la culture" est passée, attirant des masses nouvelles "vers le haut" et la culture vers le bas ; l’ « exigence » est devenue le mot pour signifier élitiste, en fait "peu vendable". Dans ce qui était la "patrie de la culture" un journaliste, du Nouvel Observateur pourtant, se risque à ces propos (dans son blog personnel, il est vrai) : Il n’y a pas plus de Molière en France aujourd’hui, que d’Henry James aux Etats-Unis et, dans l’Hexagone comme partout, "l’idée même de chef-d’œuvre a disparu dans la seconde moitié du XXe siècle. Proust aujourd’hui n’aurait pas de sens. Ni Shakespeare, d’ailleurs". Ce surprenant raccourci de quatre siècles statue donc qu’un Shakespeare au XVIème siècle avait un sens, comme un Molière au XVIIème, un voltaire au XVIIIème, un Hugo au XIXème et un Proust au XXème… mais dans la seconde moitié du XXème ce "sens" serait soudain perdu ! Les critiques qui concluent à la déliquescence littéraire et artistique de notre temps sont réfutées par une disparition (magique ?) de sens : après des siècles de chefs-d’œuvre, une évolution historique "objective" foudroyante expliquerait la disparition des chefs-d’œuvre ! Suite—>

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